Affrontements violents sur la place Tahrir au Caire.

Plusieurs jours de manifestations au Caire et dans d'autres villes d'Egypte.

Stéphane Lehr, photo-journaliste  flux rss  envoyer à un(e) ami(e)  imprimer la page  administration  french

Changement à l'égyptienne - reportage

Changement à l'égyptienne

Reportage photo réalisé au Egypte

Texte: Valérie Dupont Grand reporter

Mardi 1er février


Nous sommes une petite quarantaine à bord du vol 820 Egyptair à destination du Caire. L’avion a décollé de Paris avec plus de sept heures de retard. Les Égyptiens présents dans l’appareil sont tous là pour aller prêter main-forte à leurs frères opposants à Moubarak. Quelques minutes avant d’atterrir, le ton monte à l’arrière de l’appareil parmi les personnels navigants. Le pilote leur a dit que le chef de l’État ne se représenterait pas. Quand je m’approche, le chef de cabine, clairement pro-Moubarak, m’interpelle : « Toi, la journaliste qui vient ici pour voir notre président partir, c’est bon, tu peux rester dans l’avion et rentrer à Paris. Notre président vient de faire une déclaration ! Ça va les calmer ces excités de la place Al-Tahrir. » Quand je tente d’en savoir plus, son regard s’assombrit, il ne veut plus parler. Il me glisse juste combien le Raïs a été bon pour son peuple et que les Occidentaux ont réussi à manipuler les jeunes avec ces « saletés de Facebook ». Un peu plus tard, un steward vient me voir et me confie : « C’est loin d’être fini, on ne veut pas que Moubarak se représente bien sûr, mais on veut juste qu’il dégage du pays. C’est un dictateur, fais ton métier, va sur la place et tu comprendras. »

Un jeune égyptien debout sur les barricades prêt à en découdre. Face à face, les pro et anti Moubarak s'affronteront à coup de pierres l'intifada commence ....Un opposant au régime fait face aux pro Moubarak. Une barricade sépare les deux adversaires, une pluie de pierres traverse le ciel....La jeunesse égyptienne sur les barricades appelle à la démission du président Moubarak. Des affrontements violents et parfois sanglants se produisent sur la place Tarhir entre les deux camps.


Nous atterrissons à 3 heures du matin au Caire. Une fois les formalités d’entrée sur le territoire effectuées, nous découvrons un aéroport transformé en camp de réfugiés, où touristes et Égyptiens, munis de couvertures de survie malgré les 20 °C, attendent sagement 8 heures du matin, qui correspondent à la levée du couvre-feu. Le spectacle est surréaliste, complété par la vision d’un kiosque de l’office du tourisme ouvert avec une jeune femme derrière le guichet. Quand je lui demande, sans trop y croire, si un taxi peut nous conduire à notre hôtel situé au centre de la capitale malgré le couvre-feu, elle nous répond : « OK, pas de souci, suivez-moi. Bien sûr, si on vous contrôle, vous êtes des touristes. » Nous voilà partis pour une traversée du Caire apocalyptique, à bord d’un taxi multicolore conduit par Mustapha, qui a pris soin d’allumer le plafonnier, couvre-feu oblige. Nous croisons des voitures calcinées un peu partout. Après avoir passé une cinquantaine de check-points, des forces militaires ou des comités de quartiers, nous arrivons enfin à notre hôtel près de la place Al-Tahrir. En partant, notre chauffeur nous souhaite bonne chance…

Près du grand musée du Caire, un jeune opposant au régime saute les barricades afin d'aller affronter les pro Moubarak.Face à face, les opposants et les supporters du président Moubarak s'affrontent à coup de pierres.... Une scène incroyable de guérilla urbaine...Les plus courageux ont envie d'aller affronter  les supporters du président Moubarak. Un homme essaie de résonner ce jeune homme qui souhaite passer les barricades.Des chars empêchent les opposants d'aller en découdre avec les supporters du président. Plus de 500 personnes crient leur volonté au départ rapide de Moubarak.Des opposants au régime chantent, crient et insultent les supporters du président. Une barricade les sépare, ainsi que des militaires. S'ensuivra un échange de pierres d'une grande violence.Quelques courageux opposants au régime passent les barricades sous une pluie de pierre. Les échanges dureront plus d'une heure avec une violence incroyable.Plusieurs blessés dans les affrontements qui se sont déroulés sur la place Tahrir. Ce mercredi, les supporters du président avaient réussi à rentrer sur cette place, symbole du soulevement populaire.Face à l'armée, les jeunes ne baissent pas les bras malgré déjà deux semaines de lutte. Rien ne peut arrêter cette jeunesse en attente de liberté.Des chars empêchent les opposants au président d'affronter les miliciens pro Moubarak sur la place Tahrir.Des échanges de pierres, de barres de fer sont envoyées sur les supporters du président. Une panique indescriptible, les femmes et les hommes courent se protéger. La peur est là ....Un homme près des barricades, fatigué par deux semaines d'affrontements intenses craque.Montés sur une carcasse de camionnette, des opposants font face à leurs ennemis. Des échanges d'insultes fusent, chacun surveille l'autre, les pierres sont prêtes pour débuter les affrontements.

Mercredi 2 février

Surplombant le Nil, notre hôtel n’est distant de la place Al-Tahrir que de quelques centaines de mètres. Mais pour y accéder, nous devons passer au moins cinq check-points. L’ambiance est joyeuse, et tout le monde s’excuse à chaque fois de devoir nous fouiller. La veille, plus d’un million de personnes étaient là. À l’heure de la prière, la place est noire de monde. Nous voyons des Égyptiens affluer par chaque ruelle menant à la place. L’atmosphère détendue laisse penser que la journée sera calme. Walid, un jeune au chômage, nous confie : « Je suis ingénieur, sans travail. Je souhaite me marier, fonder une famille, mais, sans argent, c’est impossible. Je n’ai pas d’avenir. Alors, pour moi, cette révolution représente la seule chance que ma vie, comme celles de mes frères égyptiens, change. On ne partira pas tant que Moubarak ne dégagera pas. » Une dizaine de personnes nous ont rejoints. Chacun veut nous raconter ses souffrances dans ce pays, quel que soit son statut social. Les témoignages se ressemblent. Le besoin de parler est frappant. Une jeune femme sourit et nous dit : « Tu sais, ça fait trente ans que l’on ne peut rien dire sur ce dictateur. Maintenant, on se sent libres, on a besoin que tout le monde sache ce que l’on a vécu depuis trente ans, on a besoin d’une politique sociale juste et sans corruption ! » On peut lire partout des pancartes en anglais ou en arabe traduisant le slogan « Moubarak, dégage » (« Go out », « Erthal »). Tout à coup, c’est la scène contraire : une petite centaine de personnes brandissent ou embrassent des portraits encadrés du raïs. Les partisans du président sont aussi place Al-Tahrir ! L’ambiance change en un éclair. Ils sont repoussés sans violence. Jusqu’à ce qu’on entende des barres de fer frappées sur des poteaux électriques, le signal de rassemblement pour affronter les pro-Moubarak. Les anti- sont assez bien organisés. Les anciens cassent le bitume afin d’en faire des projectiles et les apportent aux plus jeunes. Certains sont venus avec des sacs de jute remplis de cailloux déjà prêts à l’usage. La confrontation a lieu à quelques mètres de nous. Des jets de pierres commencent.

Pendant deux semaines, des heurts très violents opposent les supporters et les contestataires au président Moubarak sur la place Tahrir.Une guérilla urbaine place Tahrir. Des pierres et des bars de fer volent. Sensuivent des bousculades, les hommes et les femmes courent dans tous les sens.Plusieurs personnes blessées par des jets de pierre courent se réfugier. La violence est là, impossible de savoir qui sont les supporters ou les contestataires du pouvoir à ce moment là.Scènes incroyables d'intifada en ce jeudi 3 Février. Des milliers de pierres sont lancées en direction des supporters du président Moubarak. Ceux ci ripostent à l'identique...L'excitation, l'adrénaline font faire à certains jeunes des actes incroyables et dangereux. Certains veulent passer derriere la barricade afin d'en découdre physiquement avec les pro Moubarak.Une petite barricade séparent les deux camps, certains jeunes courageux opposants passent de l'autre coté afin d'en découdre physiquement ...La violence monte d'un cran après la prière de midi. Les jeunes se réunissent près des barricades, prêts à se battre. Les premières pierres volent, les premiers blessés sont évacués.Tout va très vite après la grande prière de midi, les affrontements commencent. Les blessés sont emmenés vers des petits hôpitaux improvisés...En ce mercredi 2 Février, la panique est présente. Des jeunes opposants courent dans tous les sens, certains blessés sont ramenés vers la place Tahrir.Les blessés se comptent par dizaines... Souvent après avoir reçu des pierres, parfois des chocs frontaux...

La tension monte d’un cran, exacerbée par d’autres pro-Moubarak, jeunes et agressifs, débouchant d’une ruelle. Un jeune Égyptien met son blouson sur ma tête pour me protéger de la pluie de pierres d’une violence inouïe. En l’espace de seulement quelques minutes, cette place, calme, pieuse, est devenue un champ de bataille, le théâtre d’affrontements incroyables. Les gaz lacrymogènes alternent avec les heurts. Des barricades de fortune, faites de tôle ondulée, de bois, de pancartes signalétiques, protègent les centaines d’opposants en même temps qu’elles les séparent des pro-Moubarak. Les défenseurs du raïs ne ressemblent en rien à ceux que l’on a pu rencontrer sur la place quelques minutes plus tôt. Peut-être des policiers en civil ou des criminels libérés et payés pour casser la révolte. Nous croisons des jeunes blessés au visage qui vont se faire soigner un peu plus loin par des médecins volontaires regroupés dans un poste médical improvisé.


Ce mercredi 2, des scènes de lynchage se déroulent sur la place Tahrir. Des hommes accusés d'être des supporters du président ou des policiers en civil sont frappés sous les cris de traitre.La peur et la paranoï envahissent la place. Certaines personnes accusées d'être des policiers en civil sont frappées et parfois lynchées.Un milicien est sorti brutalement de la place Tahrir par des opposants au régime.Des hommes et des femmes crient leur haine, les coups de pieds et de poings fondent vers ceux qu'ils appellent les traitres. Cette révolution qui se voulait être pacifique prend un nouveau tournant.Des hommes suspectés d'être des pro Moubarak sont sortis de la place et emmenés derrière les tanks de l'armée, sous les insultes et les cris.Un policier en civil est lynché dans une petite rue adjacente à la place Tahrir. Son corps est trainé sur plusieurs mètres. Dans la cohue, un homme montre sa carte de police...Scènes de lynchage, un milicien est pris à parti par des opposants au régime. Il sera battu et décèdera plus tard....Des coups pleuvent, coups de pieds et de poings, un supporter du président est pris à parti par les opposants.Une jeune femme soupçonnée d'être une pro Moubarak est insultée et sortie avec force de la place Tahrir.


Quand nous décidons de quitter les barricades, je me rends compte que nous sommes suivis par un jeune Égyptien. Je lui demande de nous laisser tranquille. Il me répond : « C’est pour ta sécurité. » Mais, au premier check-point militaire, il m’attrape fermement par le bras et hurle en arabe je ne sais quoi et me pousse dans les mains des militaires. Un gradé me prend mon appareil photo et me conduit à un poste de contrôle situé devant le musée du Caire. Je tente de protester quand un autre militaire me donne un coup de crosse dans le ventre. Le gradé le sermonne, mais le mal est fait, je sens une douleur assez forte dans l’abdomen. Le gradé qui me tient par le bras tente de s’excuser. Je lui demande de m’expliquer quel est le problème. « Mafish moushkila », « aucun problème ». Il me rend mon matériel mais confisque la carte mémoire. J’aperçois une dizaine d’autres journalistes dont certains ont vraiment été roués de coups. Un Américain à terre pleure à chaudes larmes. D’autres tentent de récupérer leur matériel. En vain. Une fois relâchés, nous discutons entre nous et réalisons que nous avons tous subi le même scénario, celui de journalistes occidentaux piégés par des jeunes policiers infiltrés sur la place dans le seul but de les remettre aux militaires. Pourquoi les militaires, d’habitude plutôt bienveillants ? Le soir, réunis dans la grande salle de réception de notre hôtel au 10e étage, nous sommes une vingtaine de journalistes à tenter de comprendre. Dehors, au loin, on entend des tirs nourris.

Un homme accusé d'être un milicien pro Moubarak est évacué sous les cris. Les insultes fusent, l'homme est bousculé et sorti de la place Tahrir.Plusieurs hommes encerclent une personne soupçonnée d'être un supporter du président Moubarak présent sur la place afin de semer le trouble.L'homme est sorti de la place, les insultes fusent .. Traitre, traitre .... la tension monte, il est emmené derrière les tanks.Bousculades, insultes, un homme est pris à parti par les opposants au régime du président Moubarak sur la place Tahrir au Caire.


Jeudi 3 février

Nous retournons place Al-Tahrir. La détermination des manifestants est intacte et se lit dans leurs regards. Sous les tentes, des hommes se réveillent. Les Frères musulmans, reconnaissables à leur turban rouge, apportent des pains au sésame fourrés de fromage ainsi que de l’eau. La solidarité est forte. Avec le photographe, nous décidons de rester toujours ensemble, car nous sentons que cette journée risque d’être dangereuse. Nous allons à la mosquée transformée en hôpital. Des nattes posées à même le sol accueillent des blessés, la plupart atteints au visage. Un homme, la tête recouverte de pansements, allongé sur le sol, trouve la force de me faire le V de la victoire. Fatima, jeune médecin volontaire, m’explique que tout le corps médical se consacre aux manifestants blessés. « Ici, nous effectuons les soins d’urgence, sauf si c’est plus grave. C’est très éprouvant. Je ne suis pas préparée à soigner des blessés de guerre, mais je resterai là à soigner mes frères jusqu’au départ de Moubarak ! » confie-t-elle. D’autres journalistes sont arrivés, qui photographient au flash. Une infirmière hors de rage nous met tous dehors. Je la comprends. Retour sur la place, à l’heure de la prière. Une demi heure de recueillement. Puis le bruit des barres de fer, des sifflets, des pierres… À cette ambiance s’ajoutent des gestes obscènes prenant pour cible les journalistes. Par téléphone, une consœur de l’AFP me conseille de rentrer à l’hôtel. « Ils commencent à s’en prendre sérieusement aux journalistes », me dit-elle. Nous restons tout de même une heure de plus. Le temps d’assister à un début de scène de lynchage d’un des nervis supposé de Moubarak. S’il n’est pas détenteur d’une carte de police, il sera peut-être épargné…

Place Tahrir, au Caire, la colère des manifestants explose.Des manifestants crient et pleurent de joie sur la place Tahrir. Les nerfs lâchent, la fatigue s'accumule plus les jours passent.Un homme craque après 14 jours de manifestation sur la place Tahrir. Des jeunes le soutiennent, le réconfortent...Le stress s'accumule. La fatigue morale et physique arrivent à son paroxysme après plusieurs jours de manifestation sur la place Tahrir.Les larmes, les cris envahissent la plupart des manifestants sont à bout de nerfs après 14 jours de combats.

La place du Caire est de nouveau méconnaissable, une véritable scène de guerre où l’on croise pourtant des femmes et des enfants. Nous regagnons l’hôtel en cachant nos appareils photo. Les check-points sont de plus en plus difficiles à passer. Au dernier d’entre eux, impossible de retrouver mon passeport. Perdu ou volé, je ne le saurai jamais. Sans papiers en plein coeur des émeutes. La situation est paniquante. Heureusement, le militaire qui me contrôle est compréhensif et me laisse passer. Nous découvrons un tank devant notre hôtel, où sont déployés quelques militaires. Une mesure prise à la suite de la fermeture d’un des grands hôtels du Caire, où les équipes de télévision américaines et européennes ont été la cible des manifestants parfois jusque dans leurs chambres… Une partie de ces confrères, qui n’ont pas été expulsés ou ont choisi de rester, se retrouve donc avec nous. Mais le climat a changé : nous nous méfions maintenant du personnel. Car selon la rumeur, nous autres, journalistes occidentaux, avons un agenda secret, sommes là pour Israël. Au départ témoins de cette révolution, nous sommes maintenant soupçonnés d’en être les acteurs. Mieux vaut s’armer d’un passeport : l’ambassade de France m’en délivrera un en urgence.

La tension monte, les opposants au régime font face aux pro Moubarak.... L'affrontement est inévitable....Sur la place Tahrir, un pantin représentant le président Moubarak est pendu à un lampadaire. Les manifestants font le siège de la place Tahrir depuis 15 jours.A midi, c'est l'heure de la prière, les manifestants stoppent leurs activités sur la place pendant 30 minutes. La haine redescend....Une dizaine de barrages de fortune sont créés avant d'arriver sur la place Tahrir, les hommes et les femmes sont fouillés séparément.A midi, tout s'arrête.  C'est l'heure de la prière... Le calme revient pendant une demi heure sur la place Tahrir... Les affrontements ont souvent lieu l'après midi.Un jeune égyptien surveille l'avancée des pro Moubarak. Le stress est présent, les jeunes opposants sont prêts à se battre...La presse égyptienne relate les affrontements de la veille. Des images chocs des morts ou des blessés y sont présentées. Face à face, les opposants et les sympathisants au gouvernement de Moubarak s'insultent et se provoquent, séparés par une petite barricade.Face aux opposants, les militaires sont présents ... Empêchant l'affrontement entre sympathisants et opposants au président....Des opposants prêts à aller se battre avec les sympathisants au gouvernement de Moubarak sont stoppés par l'armée. S'engage des insultes et des gestes violents.Des cris et des pleurs, les opposants sont fatigués après plus de 15 jours de siège... Certains craquent face aux militaires présents prés de la place Tahrir.Un homme craque et pleure face aux militaires... Les nerfs et la fatigue commencent à se faire sentir...

Vendredi 4 février

C’est le jour de la grande prière. Tout le monde s’attend à un « bloody Friday ». Et pourtant la journée sera calme. À notre grande surprise, nous voyons arriver le général Tantaoui, ministre de la Défense. Un dialogue s’instaure pendant une heure à travers les fils barbelés. L’ambiance est fraternelle, des poignées de mains sont échangées, des embrassades ont lieu, autant de signes du grand respect des Égyptiens, toutes classes sociales confondues, pour l’armée. Autour de nous, des volontaires nettoient la place, les voitures calcinées servant de bennes à ordures. Nous rencontrons un réalisateur, Zaki El-Naggar, qui nous explique, dans un français parfait : « Nous ne lâcherons rien. Nous n’avons plus peur. Notre dignité bafouée par Moubarak pendant trente ans se réveille, est plus forte que jamais. » Sur la question du rôle joué par les Frères musulmans et leur possible venue au sein du gouvernement, il répond : « C’est bien une question d’Occidental. Il ne faut pas faire d’amalgame. Nous voulons une démocratie. Si les Frères musulmans représentent vraiment une partie de la population, alors ils seront représentés, mais ce ne seront jamais eux qui prendront les rennes du pouvoir. En les interdisant, Moubarak n’a fait que pourrir la situation. Il faut arrêter de les voir comme le diable. Parmi eux, il y a des extrémistes, mais la majorité est modérée, et nous devons leur laisser la place qu’ils méritent. En France, il n’y a pas de parti dangereux comme l’extrême droite par hasard ? Regardez autour de vous, nous ne sommes pas des islamistes radicaux, les jeunes vivent avec Internet, la musique, ils n’accepteront pas une autre dictature religieuse ou crapuleuse.

Arrêtez de comparer votre démocratie occidentale à celle qui va naître dans notre pays ! Respectons- nous, respectez-nous. »

Sur la place Tahrir, des hommes et des femmes dorment depuis plusieurs jours, le combat pour faire tomber le régime du président Moubarak ne faiblit pas.Des scènes de joies suivis de scènes de guerre se mélangent sur la place Tahrir... Tout peut changer en quelques secondes ...Parfois pacifiques, parfois violents, les manifestants sont présents depuis deux semaines sur la place Tahrir et ne comptent pas en partir.Beaucoup de militaires égyptiens sont en accord avec les jeunes opposants au gouvernement. Malgré cela, ils n'interviendront jamais lors des guérillas urbaines qui auront lieu tous les jours.Un jeune homme harangue la foule d'opposants au gouvernement.  De petits groupes se forment, prêts à se battre frontalement avec les sympathisants au pouvoir.Un jeune égyptien patiente sur les barricades. Plus de 80 % des manifestants sont des jeunes entre 18 et 40 ans.Les femmes aussi jouent un rôle important dans cette révolution. Elles haranguent la foule, les hommes répondent avec ferveur... la tension monte d'un cran.Dans ce pays musulman, les femmes aussi sans complexe crient leur haine au pouvoir en place et sont prêtes à aller jusqu'au bout.Un haut gradé de l'armée est pris à parti par des manifestants. Il baisse la tête et pose sa main sur son cœur en signe de soumission.Surpris, ce haut gradé essaie de m'empêcher de prendre une photo montrant son incapacité à gérer les problèmes présents. Les opposants au gouvernement l'insulteront avec force....Un barrage de fortune est monté avec de la taule, séparant les pro et les anti Moubarak. L'après midi, au même endroit , un affrontement violent éclatera entre les deux groupes.Deux jeunes patientent et montent la garde prêt d'une petite barricades.

Samedi 5 février

L’armée resserre les rangs tout autour de la place. Les Cairotes continuent de ramasser les ordures. La prière de midi se passe sans encombre. Malgré cette accalmie, la volonté de ne pas fléchir reste bien présente. Les pancartes défraîchies par la poussière ou abîmées par les pierres sont remplacées par de nouvelles aux revendications encore plus exigeantes. En revanche, c’est pour les journalistes que la tension monte toujours, au rythme des arrestations ou des remises en liberté… Drôle d’ambiance.

Colonel Ehad Fathey de l'armée égyptienne déserte et rejoint les opposants au gouvernement. Cette homme ému, pleure pendant plusieurs minutes.Une femme vient essuyer les larmes du Colonel Ehad Fathey de l'armée égyptienne. Celui ci a déserté son poste pour rejoindre les manifestants.Le Colonel Ehad Fathey considéré comme un héros par la jeunesse égyptienne après avoir rallié le mouvement de contestation, est embrassé chaleureusement.La peine, la joie, la fatigue se lisent dans les yeux du Colonel Ehad Fathey qui a rejoint les manifestants sur la place Tahrir.De jeunes égyptiens entourent le Colonel Ehad Fathey de l'armée égyptienne après que celui ci ai déserté.. Tous regroupent leurs mains symbolisant l'unification de tous les égyptiens....

Dimanche 6 février

Le jour des martyrs. La place est noire de monde. Les coptes sont venus prier avec les musulmans. Porté par la foule, accompagné de musulmans munis du Coran, un copte en robe noire, Afdel Masseh Attia, brandit une croix en bois. Le spectacle est impressionnant. Leur message sans équivoque : « Tous ensemble contre Moubarak ». Un musulman prend même la croix et l’exhibe à la foule qui l’acclame. Vision sublime de fraternité entre ces deux religions. Un peu plus tard, ce sont les chadid, les « martyrs », qui sont mis à l’honneur. Le père de l’un d’entre eux, Eslam Raafat Zenham, décédé en janvier dernier, âgé à peine de 17 ans, m’explique : « Le sang de mon fils a coulé sur cette place, il est mort pour l’Égypte, pour nous tous. C’est un héros. » La foule acclame et scande le prénom d’Eslam avec ferveur. Une de ses photos est accrochée au pull de son père, qui a les yeux rougis par les larmes. Un peu plus loin, ce sont des centaines de personnes qui exhibent les photos des martyrs de la révolution. Leur prière : « Moubarak, dégage ! »

A midi, les heurts s'arrêtent et le calme revient pendant le temps de la prière. Sur la place Tahrir, la religion est présente, les frères musulmans ainsi que d'autres égyptiens prient en silence.Les femmes ainsi que les hommes s'arrêtent le temps de la prière sur la place Tahrir. Les violents combats auront lieu la plupart du temps l'après midi.Les femmes d'un coté, les hommes de l'autre, à midi, les manifestations cessent le temps de la prière.En ce dimanche, symboliquement, une prière commune entre les coptes et les musulmans se fait sur la place Tahrir.Coptes et musulmans sur la place Tahrir... Une prière commune pour rapprocher ces deux communautés qui se sont longtemps déchirées.Les frères musulmans présents sur la place, imposent leurs forces. Un podium est installé et chacun a leur tour haranguent la foule.Les frères musulmans présents sur la place Tahrir haranguent la foule. Entre moments de prière et d'appels aux combats.


Lundi 7 février

Petit déjeuner à l’hôtel. Un e-mail du ministère de la Communication conseille à « tous les journalistes entrés sur le territoire égyptien sans se signaler en tant que journaliste », soit la grande majorité d’entre nous, de se rendre au bureau de presse « dans les meilleurs délais, sinon ils seront jugés illégaux ». Un piège pour nous arrêter ? Le bâtiment se situe dans la zone où sont amassés les pro-Moubarak. Nous sommes plusieurs à décider de prendre le risque et de nous y rendre en taxi, choix doublement déconseillé : certains chauffeurs ont déjà conduit tout droit des confrères chez les partisans du président. Mais nous arrivons sans encombre au fameux TV building. Mme Hayman, responsable de la presse, nous fait remplir un formulaire indiquant le média pour lequel nous travaillons, l’hôtel où nous sommes descendus… Devant notre hésitation, elle nous rassure : « Ne vous inquiétez pas, c’est pour votre sécurité que vous devez faire cette démarche, vous aurez votre accréditation dans quarante-huit heures. Si on vous arrête d’ici là, il ne pourra rien vous arriver, votre dossier est ici. » Sur le chemin du retour, à pied cette fois, nous passons devant des buildings brûlés, notamment celui au pouvoir du Parti national démocrate.

La joie et la tristesse se confondent, mais la volonté des égyptiens ne faiblira pas pendant les 15 jours de manifestation.Les jeunes égyptiens de la place Tahrir ont un besoin pressant de s'exprimer. Les journalistes sur place sont très fréquemment abordés par la jeunesse anti Moubarak.Sur la place Tahrir, l'ambiance chaque jour est différente, l'espoir d'un lendemain meilleur se mélange avec la fatigue de plus de 15 jours de manifestation.Chaque nuit, des tirs de petits et gros calibres sont tirés dans les rues du Caire près de la place Tahrir.Symboliquement, des jeunes égyptiens essaient de bloquer un char qui se trouve sur la place Tahrir.Jeune égyptien anti Moubarak fait le guet, prêt a en découdre avec les pro Moubarak.Jeudi, les pro Moubarak arrivent à monter sur la place Tahrir. Des centaines de pierres partent de chaque coté de la rue.Le jeudi matin, sur les barricades, des jeunes anti Moubarak patientent. A cet endroit, l'après midi, un affrontement entre pro et anti Moubarak se déclenchera. A l'image de l'intifada....Des centaines de milliers de jeunes égyptiens protestent sur la place Tahrir avec le ferme espoir d'un meilleur futur.

Jour du départ. Munie de mon nouveau passeport, je réalise que je n’ai plus de trace de mon visa d’entrée. L’ambassade m’avait laissé entendre que, vu les circonstances, les autorités sauraient se montrer compréhensives. À l’aéroport, c’est tout le contraire. La jeune policière à qui j’ai affaire préfère en référer à son chef, qui me demande courtoisement de le suivre dans son bureau. Mes explications sont vaines, et les minutes défilent. Il boit son thé, et, moi, je risque de rater mon avion. Cette perspective m’incite à lui montrer mon ventre bleuit et à lui raconter pourquoi. La réaction est immédiate : choqué, offensé par mon geste, il me demande de baisser mon tee-shirt immédiatement, crie à un de ses collaborateurs de tamponner mon passeport et de me faire passer les contrôles de police en urgence. Le président Hosni Moubarak démissionnera trois jours après notre départ. Au total, les dix-huit jours de manifestations auront causé la mort de 365 personnes et fait 5 500 blessés.

Les femmes sont fouillées plusieurs fois avant de pouvoir arriver sur  la place. La peur de voir des armes arrivées sur la place est palpable.Plusieurs cartes d'identité ou autres objets personnels sont retrouvés après les heurts.Dans une rue adjacente de la place Tahrir , des tags incitent à la révolution.Des jeunes pro Moubarak mécontents d'être prient en photo, m'insulte...Debout sur un tank, les pro Moubarak insultent les opposants. La confrontation est inévitable...

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